Le cadre réglementaire

Mesurer ne suffit pas. Il faut pouvoir le démontrer.

Aucun texte ne s’intitule « obligation de surveillance ». Elle se lit en morceaux, dispersés dans votre arrêté préfectoral, dans les arrêtés ministériels de votre rubrique, dans la réglementation sanitaire et dans les arrêtés de restriction d’usage de l’eau. C’est précisément pour cela qu’elle est si souvent tenue à moitié.

Le principe

La charge de la preuve pèse sur l’exploitant

L’exploitant d’une installation classée doit prendre les dispositions nécessaires pour prévenir les dangers et inconvénients que son installation présente. Cette obligation générale se décline en prescriptions particulières, et ces prescriptions comportent presque toujours un volet de surveillance : mesurer une grandeur, à une fréquence donnée, consigner le résultat, et le tenir à disposition.

Code de l’environnement, art. L.511-1 et L.512-1 et s.

Ce dernier point est le plus souvent négligé, et c’est le seul qui se vérifie sans expertise. L’inspection ne mesure pas votre chambre froide : elle demande vos relevés. Une installation parfaitement tenue mais dépourvue d’historique est, dans le rapport de visite, une installation en écart.

Trois questions à se poser sur chaque grandeur

  • Quel texte l’impose ? Arrêté préfectoral, arrêté ministériel de rubrique, réglementation sanitaire, ou simple bonne pratique.
  • À quelle fréquence ? Continue, quotidienne, hebdomadaire, mensuelle, annuelle — la fréquence figure dans le texte, elle ne se choisit pas.
  • Combien de temps la conserver ? C’est la durée de conservation, pas la mesure, qui détermine ce que vous devrez produire dans trois ans.
L.171-8 Manquement à une prescription : mise en demeure, puis consignation, exécution d’office, suspension, amende et astreinte.
L.171-6 Le rapport de l’inspection est transmis à l’exploitant, qui peut faire valoir ses observations. Encore faut-il avoir de quoi les étayer.
Le trou Une période sans relevé ne se comble pas rétroactivement. C’est le seul écart qu’on ne peut plus corriger.

Où l’obligation se trouve

Quatre sources, rarement lues ensemble

Votre arrêté préfectoral

C’est la première source, et de loin la plus contraignante. Il fixe les grandeurs à surveiller, les seuils, les fréquences et les modalités d’enregistrement propres à votre site. Il peut être plus exigeant que le texte ministériel, et il peut avoir figé des prescriptions remontant à plusieurs décennies que personne n’a relues depuis.

La première chose que nous demandons en cadrage, c’est votre arrêté. Pas votre liste d’équipements.

Les prélèvements et la consommation d’eau

Les installations soumises à autorisation doivent mesurer les volumes prélevés et consommés et en tenir les résultats à disposition de l’inspection. S’y ajoute, selon les volumes et la ressource sollicitée, le régime propre à la loi sur l’eau — déclaration ou autorisation au titre de la nomenclature.

Arrêté du 2 février 1998 modifié relatif aux prélèvements et à la consommation d’eau ainsi qu’aux émissions de toute nature des ICPE soumises à autorisation · art. L.214-7 et L.214-8 du code de l’environnement

Les restrictions d’usage de l’eau

En période de sécheresse, le préfet restreint les usages par zone d’alerte et par niveau de gravité. Ces restrictions ne figurent dans aucun de vos arrêtés : elles sont prises en cours de saison, elles évoluent, et elles diffèrent d’une zone à l’autre du même département.

Art. R.211-66 et s. du code de l’environnement · décret n° 2021-795 du 23 juin 2021 · arrêtés-cadres et arrêtés préfectoraux de restriction

La réglementation sanitaire

Pour les denrées alimentaires, l’exploitant met en place des procédures fondées sur les principes HACCP, dont la maîtrise et la surveillance des températures de conservation sont un point critique. Les températures applicables et les modalités de conservation sont fixées par arrêté.

Règlement (CE) n° 852/2004, art. 5 · arrêté du 21 décembre 2009 relatif aux règles sanitaires applicables aux activités de commerce de détail, d’entreposage et de transport de produits d’origine animale

Le relevé reconstitué se voit

Une colonne de valeurs trop régulières, des chiffres identiques d’un jour à l’autre, une écriture uniforme sur trois mois de carnet : un inspecteur expérimenté repère une série reconstituée en quelques secondes. Elle transforme un manquement formel en question de sincérité, et change la nature de l’échange.

Ce qui fait la différence

Ce qui distingue un enregistrement d’une note

Une donnée opposable réunit quatre caractères, et c’est ce que produit une mesure automatisée :

  • Elle est datée et horodatée à la seconde de la mesure, pas de la transcription.
  • Elle est continue : les week-ends, les congés et les absences n’y font pas de trou.
  • Elle n’est pas réécrite après coup : une correction laisse une trace au lieu d’effacer la valeur.
  • Elle survit aux personnes : le départ de celui qui tenait le carnet n’emporte pas l’historique.

C’est la seule chose que l’automatisation apporte réellement, et c’est la seule qui compte le jour de la visite.

Les éléments réglementaires de cette page sont donnés à titre d’information générale et reflètent l’état du droit à sa date de rédaction. Ils ne constituent pas une consultation juridique et ne dispensent pas de vérifier les prescriptions applicables à votre installation, à commencer par votre arrêté préfectoral.

Savez-vous ce que votre arrêté vous impose de relever ?

Beaucoup d’exploitants surveillent trop sur certains points et pas du tout sur d’autres. Le cadrage commence par la lecture de vos prescriptions.